jeudi 18 février 2016

Simone Lagrange: victime de Klaus Barbie et combattante de la mémoire


                                                Hommage à Simone Lagrange,  décédée le 17 février 2016








Mise à jour du 14 mai 2017:

A l'occasion du 30e anniversaire du procès Barbie, qui débuta  le 11 mai 1987 à Lyon, une importante exposition s'ouvre au Memorial de la Shoah à Paris .

Au mémorial d'Izieu, une commémoration s'est déroulée le 14 mai .

Rappelons que Laurent Wauquiez, le très droitier président LR de la région ARA, avait entrepris de baisser la subvention du Mémorial d'Izieu. Il a soulevé un immense tollé qui l'a fait reculer.  

MEMORIAL 98


Actualisation 5 mai 2016: le témoignage particulièrement fort de Simone Lagrange, notamment lors du procès Barbie, à voir ici jusqu'au 10 mai : http://pluzz.francetv.fr/videos/infrarouge.html


Le 19 juillet 1998, lors d'une cérémonie du souvenir  à Izieu (Ain), Simone Lagrange apostropha publiquement le président du conseil régional Rhône-Alpes de l'époque,  Charles Millon (maintenant soutien de François Fillon) et lui ordonna de quitter la commémoration, en raison de son alliance avec un parti raciste et négationniste, le Front National. 
Simone Lagrange agissait en tant que présidente régionale de l'Amicale des déportés d'Auschwitz, mais aussi en tant que victime de Klaus Barbie, initiateur de la déportation des enfants réfugiés à Izieu  .

Ainsi devant la stèle qui commémore le sort  de 44 enfants et 7 adultes juifs raflés dans ce village et morts pour la plupart en 1944 à Auschwitz, Charles Millon fut mis en cause et  conspué.
 

Quelques mois plus tard  en novembre 1998, il fut  exclu de l'association du Mémorial des enfants d'Izieu alors qu'il était membre de droit de sa direction, en raison de ses fonctions électives.
Son allié et compère frontiste était le dirigeant du FN Bruno Gollnisch, déjà négationniste  et condamné plus tard à une peine de prison pour ses déclarations sur les chambres à gaz. Aujourd'hui Golnisch fait des conférences pour le compte du néo-nazi Soral. Un autre pilier de l'alliance était Pierre Vial, fasciste et antisémite avéré, animateur du courant dit « païen » du FN, qui fut nommé vice-président de la commission culture du conseil régional. On notera que Gilbert Collard, chantre du FN "dédiabolisé" continue à profaner la mémoire des enfants d'Izieu en prétendant être leur représentant. 

L'interpellation de Simone Lagrange s'inscrit dans le long combat de celle qui fut déportée à Auschwitz à l'âge de 13 ans. Cela inclut son témoignage lors du procès Barbie en 1987 et ses très nombreuses interventions auprès de jeunes:  elle ne cessa jamais de lutter pour la mémoire du génocide et contre ses négateurs. 
 
Née au sein d'une famille juive originaire du Maroc, Simone et sa famille s'étaient installées dans les années trente à Saint-Fons (métropole de Lyon). À l'âge de 13 ans, Simone a été arrêtée avec ses parents au domicile familial, sur dénonciation, le 6 juin 1944 jour du débarquement allié en Normandie.
Conduits dans les locaux de la Gestapo à Lyon, fille et parents furent  interrogés et torturés par son chef local Klaus Barbie, qui voulait la contraindre à révéler le lieu où étaient cachés les plus jeunes des enfants de la famille. Incarcérées  à la prison de  Montluc, Simone et sa mère seront transférées à Drancy le 23 juin, puis déportées sept jours plus tard vers Auschwitz-Birkenau par le convoi n° 76. Mère et fille avaient été sélectionnées à leur arrivée pour le travail dans le camp des femmes de Birkenau, mais la mère de Simone avait été gazée dès le 23 août. Son père avait été déporté par le convoi parti de Lyon le 11 août 1944, avec deux des enfants de sa fille aînée âgés de 5 et 7 ans.
Seule Simone avait survécu au travail forcé et aux "marches de la mort", au cours desquelles son père fut tué sous ses yeux le 19 janvier 1945. De retour en France fin mai 1945, elle retrouva ses jeunes frère et soeur qui avaient été cachés dans une institution religieuse. Simone Kadoshe, devenue ensuite Simone Lagrange, sera un des témoins-clés du procès de Klaus Barbie, tenu à Lyon en 1987. Tout au long de sa vie, elle fut aussi  une infatigable témoin de la Shoah auprès des jeunes, dans les classes. Elle avait relaté son parcours dans un livre, Coupable d'être née: honneur à sa mémoire






Nous associons à cet hommage la mémoire de deux autres rescapés de la Shoah qui n'ont cessé de lutter pour le châtiment des criminels.

Il s'agit d'une part de Mme Rosa-Ida Halaunbrenner (décédée en 1988) qui manifesta à la Paz avec Beate Klarsfeld en mars 1972 (ci-dessous), en pleine dictature militaire, pour exiger  que Klaus Barbie soit jugé. Il était directement responsable de la mort de son mari et de 3 de ses enfants. Ses deux filles Claudine, cinq ans, et Mina, neuf ans, faisaient partie des quarante-quatre enfants juifs raflés à Izieu le 6 avril 1944 par la Gestapo.

Elle témoigna également lors du procès Barbie, jugé  en 1987 après avoir été extradé en 1983, 11 ans après la manifestation de La Paz. Il faut rappeler que
Klaus Barbie fut récupéré et protégé par l’armée américaine dès 1947 dans le cadre de la lutte contre le "communisme". 
Quand, à  partir de 1948, la France réclama l'extradition de Barbie, le Counter Intelligence Corps qui l’emploie refusa puis l’exfiltra vers l’Argentine avec le concours des réseaux d’évasion de l’Église catholique qui servirent à de très nombreux nazis.



                 La Paz 1972: BK et Rosa-Ida Halaunbrenner s’enchainent sur un banc



Et  d'autre part Michel Slitinsky décédé en 2012, symbole de l'affaire Papon dont il fut à l'origine. C’était aussi un ami de Memorial 98 dont il lisait les articles.

Le 19 octobre 1942  son père, Abraham Slitinsky, est raflé par les services de police de la préfecture de Gironde, puis déporté et gazé à Auschwitz. Sa mère restera cachée pendant trois ans dans une cave. Michel Slitinsky, âgé de 17 ans, aura juste le temps de s'enfuir par les toits lors de l'arrestation nocturne de sa famille.
                                          Michel Slitinsky durant le procès Papon

Il entre en clandestinité et intègre un réseau de résistance qui le mène dans les maquis d'Auvergne. Dès son retour à Bordeaux, à la Libération, il  porte plainte contre les policiers qui étaient venus l'arrêter. L'affaire est classée sous des prétextes fallacieux. Slitinsky poursuit ses recherches. Il reconstitue l'histoire de la Résistance en Gironde, collectant témoignages et documents consignés dans des livres parus en 1969 et 1972. 
Il fouille les archives, reconstitue les carrières et les organigrammes. Il réunit suffisamment de preuves pour démasquer des hauts fonctionnaires de Vichy responsables des déportations et des spoliations. En 1981 l’universitaire  Michel Bergès, qui effectue des recherches dans les archives de la préfecture de Gironde, retrouve le procès-verbal de police qui relate l'arrestation la famille Slitinsky.
D'autres documents portent le nom de Maurice Papon alors ministre du Budget et qui était, entre 1942 et 1944, secrétaire général de la préfecture de Gironde. La communication par Slitinsky de certaines de ces documents au Canard enchaîné, qui les publie, est à l'origine de l'« affaire Papon ». Celui-ci protégé par ses amis haut-placés ne sera jugé qu'en 1997. Condamné à 10 ans de réclusion, il fut  libéré de prison dès septembre 2002 sur la base d'une "expertise " de médecins complaisants. 
Ces experts l'avaient déclaré "grabataire". Cette expertise permit à Papon-le-grabataire de sortir seul et à pied de la prison, de rentrer sans encombre chez lui en septembre 2002, puis et d’y vivre tranquillement jusqu’en Février 2007. 

Le combat de Michel Slitinsky, se sera heurté à la solidarité des hautes sphères de l’État.

Leur combat  demeure d'une actualité brûlante 

MEMORIAL 98 

lundi 15 février 2016

Pologne: obscurantisme et antisémitisme au pouvoir








Mise à jour du 28 mai 2017:

 

Nouvelle mise en cause des droits des femmes en Pologne: après l'avortement, il s'agit maintenant de l'accès à la "pilule du lendemain" qui serait fortement limitée. Après l'immense mobilisation des femmes polonaises en octobre dernier, le gouvernement avait du reculer et retirer son projet de durcissement sur l'IVG. De nouveaux combats en perspective.















                             Manifestation pour le droit à l'IVG



Mise à jour du 12 janvier 2017
En Pologne, à quelques kilomètres du camp d'Auschwitz, on peut acheter un étrange porte-bonheur afin de devenir riche : l’image d’un Juif qui tient une pièce d’argent. Que signifie cette mise en scène  la figure du Juif dans le contexte polonais d’après la Shoah ? Quelle est la part  des préjugés antisémites dans cette représentation ? La sociologue Ewa Tartakowsky en livre une interprétation profonde et puissante .

Memorial 98


Actualisation du 5 décembre 2016

Nouvel acte de répression gouvernementale  antisémite, cette fois-ci contre la directrice de l'Institut polonais de Berlin. Katarzyna Wielga-Skolimowska est limogée par le gouvernement polonais pour avoir trop soutenu le très beau film "Ida ", déjà critiqué par les médias gouvernementaux en mars dernier car considéré comme "pro-juif" (voir ci-dessous à la date du 9 mars) . 

Le parti ultra-conservateur PiS au pouvoir en Pologne fait la chasse à ce qu'il nomme "la culture de la honte" ou de la repentance à l'égard de l'antisémitisme en Pologne pendant et après le 2e guerre. Le symbole de cette traque est son attitude à l'encontre de Jan Gross.

MEMORIAL 98



Actualisation du 1er octobre


Solidarité avec le combat des femmes et des organisations féministes polonaises contre la loi scélérate interdisant l'avortement. 

On devrait assister, ce samedi 1er octobre, à une des plus grandes manifestations de femmes dans ce pays. 


Depuis que le Parlement polonais a décidé, le 23 septembre dernier, de renvoyer en commission parlementaire une proposition de loi visant l’interdiction totale de l’avortement dans le pays, la mobilisation, notamment par l’intermédiaire des réseaux sociaux, ne faiblit pas.
 

La « manifestation noire » – couleur de l’habit des protestataires – devrait culminer lundi 3 octobre, lors d’une grève des femmes polonaises au cours de laquelle nombre d’entre elles ne devraient pas se rendre au travail et descendre dans la rue
La législation polonaise sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est déjà l’une des plus restrictives d’Europe. L'offensive réactionnaire en cours est dirigée par les courants catholiques intégristes du prêtre Rydzyk, qui fait également commerce d'un antisémitisme violent.


Memorial 98



Actualisation du 22 septembre 201

La bataille de l'avortement reprend en Pologne avec une nouvelle offensive des partisans de son interdiction totale. 
Le Parlement, où les conservateurs du PiS sont majoritaires, se penche ce 22 septembre sur leur proposition de loi.
Le texte prévoit des peines allant jusqu'à cinq ans de réclusion pour les personnes qui pratiquent l'IVG, y compris les femmes.
Le lobby qui se nomme « Stop Avortement » veut aller jusqu'au bout, alors que la loi anti-avortement actuelle, fruit d'un compromis difficile obtenu en 1993, est déjà classée parmi les plus restrictives dans l'Union européenne.
Les intégristes regroupés derrière le prêtre antisémite Rydzyk jouent encore un rôle clé dans cette bataille (voir ci-dessous l'actualisation du 3 avril dernier ).
 En avril dernier des milliers de femmes avaient manifesté contre ce projet répressif en brandissant des cintres, symboles d'IVG clandestines et dangereuses. 

Memorial 98

Actualisation du 3 juillet 2016: 

70 ans après, jour pour jour, nous commémorons le pogrom de Kielce en Pologne, le 4 juillet 1946. Quarante juifs rescapés de la Shoah y furent massacrés par la foule, après des rumeurs infondées selon lesquelles un enfant de cette ville aurait été tué par des Juifs.
                                     L'historien Jan Gross

A cette époque les violences étaient quotidiennes. Des Juifs étaient précipités hors des trains, battus, assassinés. Une pensée particulière pour l'historien polonais Jan Gross qui a décrit ces crimes et qui subit une campagne de la part du gouvernement polonais actuel (voir ci-dessous) après les intimidations dont il avait été victime en 2008 suite à la parution de son livre consacré à ce pogrom. 

Memorial 98

Actualisation 7 mai:

Énorme manifestation ce jour à Varsovie de 240 000 personnes, contre le gouvernement ultra-réactionnaire du PiS. Il s'agit d'une mobilisation positive, au delà de la tonalité pro-UE. Alors que les forces d'extrême-droite semblent triompher en Pologne, en Autriche , en Croatie, en Hongrie, les manifestant.e.s de Varsovie montrent la force de l'opposition à ce courant.


Actualisation 5 mai :
Le gouvernement polonais vient de liquider par décret du 27 avril la structure officielle nommée "Conseil pour la prévention de la discrimination raciale et de la xénophobie" qui avait été mise en place en 2011.  En mars dernier, le Défenseur des droits en Pologne avait au contraire souligné une forte augmentation de la propagande xénophobe dans le pays, notamment à l'égard des migrants. Il s'agit donc d'un pas supplémentaire du gouvernement PiS dans la voie du racisme institutionnel et étatique.  
Council for the Prevention of Racial Discrimination, Xenophobia and Related Intolerance - See more at: http://www.thenews.pl/1/9/Artykul/251284,Polish-PM-abolishes-antidiscrimination-council#sthash.RlLlLHB4.dpuf
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Actualisation 15 avril:

Jan Gross est à nouveau attaqué par l'appareil judiciaire polonais. Lors d'un séjour en Pologne début avril, il a été convoqué par le procureur d’État de la région de Katowice et interrogé à propos d'un de ses articles publié en 2015. Dans ce texte de protestation contre l’attitude des gouvernements d'Europe de l'Est à l'encontre des migrants, l’historien associait la dureté et la cruauté des gouvernements au passé meurtrier durant la seconde guerre mondiale. Dans le cas spécifique de la Pologne, il rappelait que les Polonais, notamment ceux de la résistance nationaliste de l'AK, avaient tué plus de Juifs que d'Allemands durant la guerre. Ce décompte est d'ailleurs confirmé par Jacek Leociak, historien au centre polonais de recherche sur la Shoah.
Cette nouvelle attaque contre Jan Gross se déroule à quelques jours de la commémoration de la révolte du Ghetto de Varsovie, qui symbolise le sort tragique des Juifs de Pologne et leur extermination. 
Nous renouvelons notre soutien au Pr Gross, qui contribue fort courageusement à l'histoire des persécutions antisémites en Pologne pendant la guerre mais aussi après celle-ci, comme il est montré dans l'article ci-dessous.

Memorial 98
   
Actualisation 3 avril:

Les courants catholiques ultra-réactionnaires regroupés autour de radio Maryja, dirigée par un prêtre antisémite, le père Rydzyk, ont lancé l'offensive contre le droit à l’avortement (déjà très limité dans le pays) et veulent carrément l'interdire. Cette offensive a été reprise par la hiérarchie catholique officielle, qui se sent appuyée par par le gouvernement de droite radicale du PiS. La réaction n'a pas tardé. Des milliers de personnes ont déjà manifesté dans dix-huit villes du pays, dimanche 3 avril, pour crier leur colère. La plupart d’entre elles brandissaient un cintre en métal. « Le cintre est le symbole de l’avortement le plus primitif et le plus barbare, celui qui nous ramène cent ans en arrière ». D’après un sondage pour le quotidien Dziennik, seuls 23 % des Polonais soutiennent un durcissement de la législation actuelle, alors que 51 % de la population penche pour une plus grande libéralisation de l'IVG.

Actualisation 9 mars: nouvelle attaque antisémite sur une télévision publique.

Diffusé sur la chaîne publique polonaise TVP2, le film Ida a été précédé d’un court programme de 12 minutes, cherchant à prouver le biais “pro-juif” du film. Réalisé par Pawel Pawlikowski, le film raconte l’histoire d’Anna, une jeune orpheline vivant dans un couvent et partant à la recherche de sa tante, seul membre encore en vie de sa famille. La jeune fille découvre par la suite qu’elle est juive et que ses parents ont été assassinés par un paysan polonais au cours de la Seconde Guerre mondiale. Récompensé par l’Oscar du meilleur film étranger en 2015 et de cinq prix aux European Film Awards en 2014, Ida est a rencontré un important succès : il a été vu par un demi-million de spectateurs de spectateurs en France.
Jeudi 3 mars, diffusé sur une chaîne publique polonaise, le film a été introduit par un programme prétendant à  son inexactitude et attribuant son succès, notamment aux Oscars, uniquement pour son penchant “pro-juif”. Durant la diffusion du film, des intertitres ont été également accolés au film, sans préciser aux téléspectateurs qu’il s’agissait bien d’un ajout.
Suite à la diffusion de ce document,  l'Association des Réalisateurs polonais et 90 journalistes polonais de cinéma se sont unis pour manifester leur désaccord face à ce jugement calomniateur. L'offensive du gouvernement contre l’historien Jan Gross (ci-dessous) ouvre manifestement la voie à d'autres campagnes antisémites. 
Le gouvernement ultra-réactionnaire du PiS, qui prétend défendre la "nation polonaise", recycle ici les stéréotypes traditionnels de l'antisémitisme. 

Memorial 98



Le gouvernement polonais ultra-conservateur du parti PiS, au pouvoir depuis Novembre 2015, mène une offensive contre tous les droits démocratiques, notamment ceux de la presse. Il est aussi à la pointe de l'offensive contre les migrants, avec ses compères de Hongrie et de Slovaquie. De nombreuses manifestations ont lieu contre les projets gouvernementaux.

Ce pouvoir renoue aussi avec l'antisémitisme caractéristique du  chauvinisme qu'il a déjà mis en œuvre de 2005 à 2007, sous la direction du premier ministre de l'époque Jaroszlaw Kaczynski , qui demeure le chef incontesté du parti PiS. Il  a ainsi décidé de retirer l'ordre du Mérite au Pr Gross (ci-dessus en photo), historien  spécialiste de la Shoah. Ce dernier a notamment démontré que des Polonais ont participé au massacre des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

Historien internationalement reconnu pour ses travaux sur les Juifs durant la Shoah, Jan Gross est ainsi attaqué comme lors de la sortie de son livre "Les Voisins" en 2000. Cet ouvrage  décrivait notamment le massacre génocidaire de plus de 1600 Juifs dans le village de Jedwabne, orchestré par  une partie de la population locale ainsi que la complicité qu'elle entretenait avec les nazis. Mais cette vérité historique déplaît aux nationalistes du gouvernement polonais.


Estimant que les écrits de Gross et ses recherches sont «antipatriotiques», le gouvernement d'Andrzej Duda veut lui retirer sa récompense octroyée en 1996.
 Memorial 98 avait déjà soutenu Jan Gross en 2008 lors de la précédente offensive  à son encontre. Il s'agissait alors de l'attaquer suite à la parution d'un autre livre "La Peur" (en polonais Strach). Celui-ci relatait les massacres de Juifs en Pologne  au lendemain de la guerre, notamment lors du pogrom de Kielce en Juillet 1946, qui fit plusieurs dizaines de morts.



 

Les Juifs polonais rescapés, en toute petite proportion, de la Shoah ont été victimes d'un antisémitisme généralisé dans leurs pays au lendemain de la guerre et ont subi une épuration ethnique violente. Le régime stalinien de l’époque n’a rien fait pour combattre cette persécution qu’il attribuait uniquement à des « groupes fascistes ». La hiérarchie catholique demeurée très puissante restait toujours restée marquée par son antisémitisme militant d’avant-guerre. 

Le Pr Gross a lui-même subi  l'antisémitisme. Il a du quitter la Pologne en 1968, lors d’une campagne antisémite organisée par la bureaucratie stalinienne "nationale-communiste" qui faisait face à une  contestation sociale et à choisi d'en accuser les "sionistes" survivants de la Shoah. Plus de 15000 Juifs ont alors été limogés, licenciés, harcelés et expulsés du pays.

Nous lui renouvelons notre soutien face à ce gouvernement et appelons à protester contre cette mesure sur la page Facebook de l’Ambassade de Pologne en France en y écrivant par exemple : " Je proteste contre la décision du gouvernement polonais de retirer l'ordre du Mérite au Pr Gross historien émérite du génocide des Juifs"