dimanche 16 juillet 2017

Rafle du Vel' d'Hiv': une mémoire de combat anti-fasciste


       
                                       Les autobus de la rafle devant le Vel' d'Hiv'


La commémoration de la Rafle du Vel' d’Hiv’ revêt cette année un importance particulière :

D’une part il s’agit du 75e anniversaire de cet événement tragique; d’autre part, en raison des déclarations scandaleuses de Marine Le Pen critiquant la reconnaissance des responsabilités françaises en la matière et enfin en raison de la polémique qui entoure la présence du premier ministre israélien Netanyahu.
       
«Vent printanier»: ce fut le nom de code imaginé pour la plus vaste opération d'arrestations de Juifs pendant la Seconde guerre mondiale en France et pour laquelle le régime de Vichy avait mobilisé la police française.

D'autres rafles avaient précédé celle-ci, dont celle du 20 août 1941.

Les 16 et 17 juillet 1942, à Paris, 13152 Juifs sont arrêtés par la police française. 1129 hommes, 2916 femmes et 4115 enfants sont enfermés dans l’enceinte sportive du Vélodrome d’Hiver. Les conditions sont effroyables, comme en témoignent les rescapé.e.s
Dans ce qui fut un enfer et une antichambre de la mort, il faut rendre hommage à des personnes qui ont montré leur humanité et leur détermination dans l'enceinte du Vel d'Hiv. Il s’agit bien sûr des infirmières et assistantes sociales qui se sont engagées dans l’aide  aux internés, mais aussi des pompiers du capitaine Pierret.
Ils étaient une demi-douzaine de pompiers a peine ; ils ont passé des heures à distribuer de l’eau et recueilli à eux seuls des centaines de messages qu’ils sont allés poster incognito le lendemain depuis des points différents de Paris pour ne pas éveiller les soupçons de l’administration. Pierret est aussi entré en résistance, fournissant les plans des installations militaires allemandes de Paris aux alliés.

Les raflés du Vel' d'Hiv' prennent la route de l'extermination

A partir du Vel' d'Hiv' Les couples sans enfants et les célibataires (1989 hommes et 3003 femmes) sont internés au camp de Drancy.  
Du 19 au 22 juillet, les familles du Vél’ d’Hiv’ sont quant à elles transportées dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande (Loiret) gérés par l’administration française. Adultes et adolescents sont  alors déportés en premier. Brutalement séparés de leurs parents, environ 3000 enfants en bas-âge sont laissés sur place dans une affreuse détresse. Les parents ont été rapidement déportés vers Auschwitz, alors que les nazis n’ont pas encore donné leur réponse quant au sort des enfants. 
La période durant laquelle les enfants internés dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande ont vécu séparés de leurs parents déjà déportés est décrite par les témoins comme un des moments les plus insupportables. Agés de 2 à 15 ans, ceux-ci restent seuls durant plusieurs semaines. Désorientés par l’absence de leurs parents et vivant dans des baraques inadaptées à la présence d’enfants, ils vivent dans des conditions d’hygiène catastrophiques. Huit d'entre eux meurent durant cette période.
Le 13 août 1942, les services d’Eichmann décident que les enfants doivent également être déportés: ils sont alors transférés vers Drancy et, de là, embarqués dans les convois partant pour Auschwitz entre le 17 et 31 août 1942. Aucun d’entre eux n’est revenu.

La responsabilité écrasante du régime de Vichy dans les déportations des Juifs est restée longtemps un sujet tabou, y compris sous la présidence de François Mitterrand qui faisait fleurir chaque année la tombe de Pétain à l’Ile d’Yeu.

Enfin, lors de la cérémonie commémorative de la rafle du Vel d'Hiv en juillet 1995, Jacques Chirac reconnut publiquement que les autorités françaises avaient accompli l’irréparable en déclarant notamment : «Manquant à sa parole, elle (la France) livrait ses protégés à leurs bourreaux.»
Une partie de la droite a rejeté cette prise de position, soit ouvertement , soit en attaquant la « repentance » comme Sarkozy à plusieurs reprises, soit en défendant ouvertement Pétain comme Eric Zemmour
 
Marine Le Pen a été bien au delà, en déclarant à deux semaines du premier tour de la présidentielle de 2017 : « Je pense que la France n’est pas responsable du Vél’ d’Hiv’ ». Il s’agissait manifestement d'un choix stratégique, car elle redoublait ainsi le propos identique de Florian Philippot tenu quelques jours auparavant

Dans l’émission « Le Grand Jury RTL-LeFigaro-LCI » du 9 avril, le journaliste Olivier Mazerolle l’a interrogée sur son programme prônant « la promotion du roman national et le refus de repentance ». Il lui a demandé si Jacques Chirac avait eu tort de prononcer son discours de 1995 sur le Vél’ d’Hiv, dans lequel il avait reconnu la responsabilité de la France.  « Je pense que la France n’est pas responsable du Vél’ d’Hiv », a-t-elle répondu, se plaçant ainsi en opposition à cette reconnaissance. 

La justification de la chef frontiste se dévoila ensuite, lorsqu’elle poursuivit dans une argumentation manifestement très  préparée:  « …  La France a été malmenée dans les esprits depuis des années. En réalité, on a appris à nos enfants qu’ils avaient toutes les raisons de la critiquer. De n’en voir que peut-être que les aspects historiques les plus sombres. Je veux qu’ils soient à nouveau fiers d’être Français. »

La diatribe de la chef frontiste a fait ressurgir en pleine lumière non seulement la continuité antisémite du FN mais également l’histoire originelle de ce parti, dont nombre de fondateurs étaient issus de la collaboration avec les nazis. Or, lors de la rafle du Vel’ d’Hiv’, le parti  collaborationniste de Doriot, le PPF, fournit plusieurs centaines de militants comme auxiliaires de la police française, afin de procéder au rafles. Le numéro 2 du PPF, Victor Barthélémy, fut un des fondateurs du FN.


Le polémique Netanayahu
L’invitation faite au premier ministre israélien a entraîné de nombreuses réactions, y compris de la part de courants qui habituellement n’accordent aucune attention à la Shoah et à cette commémoration. Pour notre part nous considérons que Netanyahu manipule la Shoah au profit de ses intérêts politiques, comme le montre sa conduite récente à l’égard de la campagne antisémite  en cours du premier ministre hongrois d’extrême-droite Orban.
Cette  campagne met  en cause George Soros, philanthrope américain d’origine hongroise et juive, l’accusant de vouloir utiliser sa fortune et les ONG qu’il soutient pour « installer un million de migrants » en Hongrie et dans l’Union européenne. 
  
Soros est la cible de tous les fascistes, complotistes et antisémites à travers le monde, en raison de son appui matériel à des ONG de défense de la démocratie, de défense des migrants, des Roms et d’autres causes du même ordre.
 Le pouvoir hongrois de Viktor Orban est particulièrement violent à son égard ainsi que l’indique le quotidien pro-gouvernemental hongrois « Magyar Idők », selon lequel George Soros serait à l’origine de tous les maux liés à l’Union européenne :  :«Il faut voir les choses en face : Le véritable président de la Commission européenne n'est autre que George Soros. Ce dernier a véritablement phagocyté l'Union européenne. Jean-Claude Juncker n’est qu’une marionnette de cette sombre figure qui tire les ficelles en coulisses. Les décisions prises par l’Union européenne et toutes les institutions doivent désormais plaire à ce vieillard infiniment malveillant, richissime et hargneux … »   
A l’initiative du gouvernement des affiches ont été collées un peu partout dans le pays avec la mention : « Ne laissez pas Soros rire et avoir le dernier mot »

                                       Les affiches anti-Soros

Certaines sont collées sur le sol des trams et des trains, pour que les passagers le piétinent. Les responsables du judaïsme hongrois considèrent qu’il s’agit là d’une  campagne antisémite. Sur certaines photos on trouve des graffitis: « sale juif ». 
Andras Heisler,  président de la principale organisation juive de Hongrie, Mazsihisz, a exigé le retrait immédiat  de ces affiches car « elles attisent l’antisémitisme ». A sa demande l’ambassadeur d’Israël, Yossi Amrani a publié dans un premier temps un communiqué validé par le ministère israélien des Affaires étrangères et  déclarant notamment  « . En ce moment, au-delà de la critique politique d’une certaine personne, la campagne évoque non seulement de tristes souvenirs mais aussi la haine et la peur. » la réponse d’Orban a été négative.
Contredisant la déclaration de l’ambassadeur Netanyahu a fait publier un nouveau communiqué annulant de fait  le texte: « Israël déplore toute expression d’antisémitisme dans un pays quel qu’il soit et soutient les communautés juives partout où elles confrontent la haine. C’était le seul but du communiqué publié par l’ambassadeur d’Israël en Hongrie. Ce texte n’était nullement destiné à délégitimer les critiques formulées à l’encontre de Georges Soros, qui continuellement sape le gouvernement démocratiquement élu d’Israël en finançant des organisations qui diffament l’état juif et cherchent à lui nier le droit de se défendre »En effet Soros finance également des ONG de défense des droits de l’homme qui critiquent les conséquences de l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Il y a donc complaisance coupable de Netanayahu à l'égard d'Orban, alors que  ce dernier favorise les campagnes antisémites et compte dans son entourage de nombreux négationnistes, dans un pays qui a vu sa population juive exterminée en quelques mois en 1944Netanayahu est un récidiviste : il avait déjà commis des déclarations mensongères atténuant la responsabilité des nazis dans la Shoah etla reportant sur le Mufti de Jérusalem.

En revanche l'argument contre la venue de Netanayahu ne peut pas être qu’il est "étranger à une histoire française", selon l’argument nationaliste qu'on retrouve étrangement dans des déclarations de la gauche radicale reproduisant celle de  l'UJFP.
La rafle du Vel d'Hiv n'est pas un événement "franco-français": la rafle visait à fournir des déportés pour l'extermination nazie et ceci constitue un phénomène ô combien international, de la Norvège à Rhodes et Salonique. Il y a certes a en plus une spécificité française de la collaboration de Vichy et sa reconnaissance mais il s'agit bien du  génocide  de l'ensemble des Juifs.


Dans nos combats contre contre tous les génocides et contre tous les racismes, la date du 16 et 17 juillet 1942 représente une date cruciale au cours de laquelle nous honorons la mémoire des victimes.

Lors de cette journée nous rappelons aussi les autres victimes de génocides plus récents ou plus anciens   afin que justice leur soit rendue et pour éviter de nouveaux crimes du même type.

En effet, l'impunité des auteurs de génocides et massacres représente un facteur évident de récidive et de perpétuation de ces actes criminels. C'est pourquoi, plus que jamais et en permanence,  la mémoire des génocides nourrit nos combats. 

AH

MEMORIAL 98

 






samedi 24 juin 2017

En même temps, les crimes contre l'humanité , ces encombrants préalables.

«  Un crime contre l'humanité peut indigner. C'est pourquoi il est préférable de les multiplier si l'on veut être reconnu comme incontournable ».

Le précepte n'était pas dans la version originelle de Machiavel , mais nul doute qu'il figurerait dans une mise à jour contemporaine.

Celle qui pourrait être faite en se fondant sur la position d'Emmanuel Macron concernant Bachar El Assad, à qui « il ne voit pas de remplaçants ».
Il est bien certain, factuellement, que beaucoup de révolutionnaires ne sont plus là pour incarner l'avenir : après six ans d'exécutions de masse, de bombardements ininterrompus jusque sur les écoles et les hôpitaux, de disparitions forcées, d'exils imposés, de torture sans nom, le constat d'Emmanuel Macron résonne comme l'expression du cynisme le plus impitoyable.

Assad et Poutine ont massacré à tour de bras, ont décapité toute une génération , brisé l'avenir des enfants, et éradiqué une bonne partie des générations précédentes. Et la politique d'Assad s'est résumée pendant six ans à une seule doctrine : qu'il n'en reste qu'un au milieu des ruines, je serai ce dernier.

Il ne l'est pas encore, et ce seul constat traduit l'extraordinaire résistance des Syriens face à la dictature : si, justement, c'est encore la guerre, et pas seulement contre Daech, c'est bien que la force de la révolution syrienne est immense , car elle n'est pas morte même après mille crimes plus féroces les uns que les autres.

Mais ces gens là sont un peu trop fatigués, un peu trop faibles au goût de notre Président, qui se targue de pouvoir juger qui est légitime et qui ne l'est pas, lui qui n'a pris le pouvoir que par effet repoussoir face à l'extrême-droite et aux fascistes. Il ne les a pas combattus, nous l'avons fait pour lui, mais imbu d'un sentiment de supériorité qui serait ridicule, s'il n'était pas tragique, le Jupiter de papier se permet de juger que des révolutionnaires qui tiennent bon, seuls au monde face au fascisme le plus brutal, ne sont pas « crédibles ».

Mais  ça passe, en France du moins, dans une grande partie du champ politique : la Syrie et Poutine font partie de ces sujets où entre les partisans à peine masqués de ces deux régimes , les partisans du laissez-faire, et puis les indifférents, les lassés, les soutiens de la révolution syrienne sont bien seuls.
En dehors des moments où chacun juge convenable de s'indigner face à un massacre médiatisé, ou une image choc, finalement, l'opinion générale dans le champ politique est bien qu'il n'y a pas de remplaçant à Assad, surtout face à Daech. Parce qu'une révolution, n'est ce pas, ce n'est pas une remplaçante réaliste, il faut des hommes forts pour remplacer les hommes forts, dans ces pays lointains, sans quoi, qui va tenir la bride à ces populations peu dignes de confiance, qui va faire en sorte que le sang reste sur place et ne vienne pas nous éclabousser par l'entremise de Daech ?


Et comme le dit, Emmanuel Macron , le seul sujet qui vaille , finalement, n'est-il pas le « terrorisme » ou plus exactement le terrorisme qui nous frappe. Parce que les crimes contre l'humanité commis par Assad et Poutine sont bien la terreur totale érigée au rang d'unique stratégie.

Mais enfin, admettons que Daech soit le seul problème. Et bien, en guise de solution, Emmanuel Macron leur offre le plus bel avenir qu'ils puissent espérer. Car s'il n'y a pas de remplaçant à Bachar, il n'y en pas à Daech non plus.

On peut refaire l'Histoire comme on veut, on ne pourra nier que l'émergence de l'Etat Islamique comme force capable de peser dans le monde entier n'aurait pu arriver sans Assad. Sans le choix délibéré de détruire dans le sang toute la Syrie en révolte pour la liberté, l'Etat Islamique serait resté Daech, un groupe terrifiant mais régional . C'est en portant comme étendard de sa légitimité, les crimes d'Assad et la volonté de les combattre, dans un monde qui ne les combattait pas que Daech a pu s'imposer idéologiquement. Bien évidemment, la construction de l'organisation ne s'est pas fondée uniquement sur ce discours, mais sans ce discours, Daech n'avait pas grand-chose qui le distingue de cent autres groupes. Sa force particulière n'est pas venue de sa dynamique interne, mais bien de la capacité de ses chefs à comprendre l'effet levier du relativisme mondial sur les crimes contre l'humanité commis par une dictature impitoyable dont certains formateurs furent des nazis accueillis à bras ouverts : dès lors que le monde qui se disait libre acceptait de porter le joug sanglant des horreurs commises en Syrie, dès lors qu'il était indifférent au combat à portée universelle des révolutionnaires syriens pour la démocratie, toute injonction morale concernant Daech pouvait être balayée très facilement.


Dès lors qu'Assad est reconnu comme légitime par des acteurs internationaux, alors Daech a gagné. Sa structure actuelle, ses dirigeants encore vivants peuvent bien disparaître et périr militairement, l'organisation terroriste aura imposé son récit pour l'avenir.
Celui-ci est simple : les crimes contre l'humanité sont la chose la plus banale et la plus acceptée du monde entier, la seule question est de choisir un camp parmi ceux qui les commettent, nous en proposons un, ceux qui auront laissé Assad rester ne font qu'en proposer un autre, tout aussi monstrueux. Chacun pour soi, mais Dieu est avec nous. Ce sera ça , le discours de la prochaine génération djihadiste, qui se construit déjà, dans les revers militaires subis par Daech. Ce discours là se fondera sur le rappel permanent des atrocités du régime syrien, et de sa persistance, malgré les crimes contre l'humanité.


Si Emmanuel Macron et les siens ne voient personne pour remplacer Assad, toute personne douée d'un minimum de raison ne peut voir personne d'autre que les révolutionnaires syriens pour lutter contre Daech et son monde, à terme.
Depuis six ans, ils sont en effet ceux qui ont donné et donnent leur vie pour combattre des crimes contre l'humanité. Ils sont la réponse la plus forte et la plus belle donnée à Daech, celle qui ne raisonne pas en termes de protection unilatérale de sa propre vie, mais la sacrifie pour la liberté, l'égalité et la fraternité.


Ces termes sont inscrits au fronton d'une République dont le président Emmanuel Macron déclare en grande pompe que les crimes contre l'humanité ne sont pas un préalable à la reconnaissance internationale d'un dictateur.
C'est à peu près le slogan de conquête idéale qu'Abou Bakr al-Baghdadi aurait aimé trouver tout seul. Nul doute qu'il sera repris, par lui ou ses successeurs.
Quant à nous , nous n'avons qu'une seule alternative : croire que nous pouvons sauver nos vies en répétant à l'unisson de notre gouvernement «  Je suis TOUT, sauf Alep, sauf Idleb » ou nous mettre en actes du côté de la lutte contre tous les terrorismes, et en finir avec les criminels contre l'humanité et leur monde, au côté des révolutionnaires syriens, dont l'exploit aura été de de ne remplacer personne dans le cynisme pieds et poings liés, mais de construire la seule politique réaliste qui soit, celle de la liberté.

Nad Iam

MEMORIAL 98




mercredi 14 juin 2017

Après le barrage, tarir les sources du fascisme.

Finalement on a très peu parlé de l'extrême-droite pendant la campagne présidentielle.

Pendant des mois, la certitude que le Front National serait au deuxième tour, bien qu'étant la donnée principale du scrutin à venir a été à ce point banalisée qu'elle n'a jamais vraiment fait la une. Pourtant vivre une époque où la seule question est «  Qui rivalisera avec les fascistes au second tour de l'élection présidentielle ? » n'a rien d'anodin. Rien d'anodin non plus à ce que les principaux partis politiques aient choisi , non seulement de « faire avec » , mais aussi bien souvent de faire comme si l'extrême-droite ne pouvait pas l'emporter du tout.

Le FN a perdu la présidentielle, et à l'heure où nous écrivons, son score au premier tour des élections législatives ne lui permettra probablement pas d'avoir un groupe parlementaire. Seules quelques tête d'affiche, dont Marine Le Pen ont une chance de l'emporter, même si de nombreux duels de second tour sont programmés.

On pourrait avoir la tentation de ne pas se pencher sur moment politique qui vient de s'écouler. Pourtant, même au second tour de la présidentielle, la droite autrefois républicaine ainsi que la  France Insoumise se sont divisées , une partie de leurs chefs et de leurs bases envisageant finalement qu'une victoire du Front National ne serait pas la pire chose qui pourrait arriver.

Et si le FN, non seulement n'a pas gagné , mais n'a pas réussi à atteindre le seuil des 40 %, c'est bien qu'il y a eu une mobilisation antifasciste d'ampleur, notamment là où on ne l'attendait pas forcément : une partie des classes populaires a choisi, en toute conscience de voter pour un candidat qui pourtant ne s'adressait à elles que pour leur promettre de nouveaux projets de lois anti-sociaux et qui à aucun moment n'a infléchi son discours, même formellement, pour tenter de les gagner à sa cause.

Ce vote n'a rien à voir avec celui de 2002 opposant Chirac à Jean-Marie Le Pen, une époque où l'antifascisme au moins formel semblant une évidence. En 2017, le scrutin est survenu après des années de relativisme et de banalisation de l'extrême-droite, mais aussi des raisons du vote d'extrême-droite. Depuis des années, le vote FN est présenté globalement comme un vote fondé sur une sorte de colère sociale, de désespoir, ou de « mauvaise «  réaction par rapports à des problèmes prétendûment réels , comme l'immigration . Les électeurs FN sont sans nul doute parmi les moins stigmatisés du champ politique, la plupart des élus et des candidats n'osant plus même les qualifier de racistes, se contentant d'attaquer leurs dirigeants. Lorsque le vote fasciste n'est plus source de stigmatisation, forcément le vote antifasciste apparaît secondaire, par rapport à d'autres préoccupations. Secondaire mais aussi honteux.

De fait, cette situation est due aussi au « choix alternatif » : en vingt ans , le discours fasciste mais aussi les choix politiques concrets correspondant aux thèmes de l'extrême-droite et à leur analyse du monde se sont banalisés , notamment en ce qui concerne les politiques d'immigration, mais aussi les offensives sociétales contre les minorités . Ainsi, malgré l'avancée que représente le mariage pour tous, les forces intégristes et homophobes ont pu constituer un des principaux soutiens du candidat François Fillon. Emmanuel Macron lui même  leur a ouvertement donné des gages et des signes d'apaisement pendant la campagne . Dans le même temps, la seule chose qui ait été analysée avant le premier tour de la présidentielle comme un problème pour le candidat Macron a été sa position, très temporaire, sur la colonisation et les crimes contre l'humanité. Comme si tout propos antiraciste un peu offensif constituait un boulet pour gagner une élection. Un autre signe de la banalisation immense de l'obscurantisme le plus délétère aura été la course à l'icône Pierre Rabhi menée par de nombreux candidats alors que nul n'ignore, dans les sphères politiques , ni ses positions homophobes, ni les liens entre son mouvement et les dérives sectaires et d'extrême-droite.

Dans ce contexte, l'impression de ne voter jamais « totalement » contre l'extrême-droite est parfaitement rationnelle. D'ailleurs à peine élu, Emmanuel Macron aura choisi sans vergogne un Ministre comme Gérald Darmanin, dont l'investissement homophobe comme l'orientation sarkozyste et donc très proche des idées du FN n'a jamais été un secret. Son début de mandat aura également été marqué par une sortie d'un racisme extrêmement violent: un rire ignoble sur les Comoriens qui se noient par milliers pour tenter de venir à Mayotte.

Cette impression, légitime expliquait donc  aussi la tentation du laisser-passer face au FN.

Ce qui n'était pas légitime et  a eu aussi une force immense dans les derniers moments de la campagne a été la position du « Ni, ni.... ». Celle-ci n'était pas, dans la majorité de son expression politique une position abstentionniste et rupturiste  classique à l'extrême-gauche : elle était en effet portée principalement par la direction de la France Insoumise, dont le programme soutenait l'imposition du vote obligatoire. Le candidat  de la FI, en 2012, n'avait pas hésité à présenter l'antifascisme électoral comme le combat principal du moment, celui qu'il était à même d'incarner au mieux, face à Marine Le Pen, aux élections législatives d'Hénin Beaumont. La position de la France Insoumise entre les deux tours n'était donc pas une critique du fonctionnement politique global, mais un choix délibéré de minimiser le danger d'extrême-droite, en faisant comme si donner ou pas une consigne de vote n'avait rien d'essentiel.

Un autre mouvement a porté ce prétendu « Ni, ni.... » : l'antisémitisme et le nationalisme étaient au cœur de nombreux discours contre Macron et pas seulement ceux de l'extrême-droite. La focalisation sur la banque Rothschild, mais aussi la dénonciation du candiadat « mondialiste » ont été au cœur de bien des rhétoriques soit-disant socialisantes.

Malgré ce contexte très défavorable, le barrage antifasciste s'est fait. Il n'était absolument pas le discours dominant mais il s'est fait. Il est important de le souligner, car c'est aussi la différence avec 2002 qui saute aux yeux : après 2002, toute une génération politique, avec ou plus ou moins d'opportunisme, se revendiquait de cette filiation là. Aujourd'hui , quelques semaines après les élections, tout le monde a juste envie d'oublier qu'il a voté Macron.

Les fascistes eux ne risquent pas d'oublier ce qui a bien été une défaite relative. Ils n'avaient aucune raison de la penser inévitable. Pas après la victoire de Donald Trump, qui était inenvisageable lorsqu'il a émergé comme candidat improbable dans une primaire. Pas après la victoire d'extrême-droite et de droites extrêmes dans de nombreux pays d'Europe ces dix dernières années. Pas dans un contexte marqué la puissance ascendante de ces mouvements, dans les urnes mais aussi dans la rue sur une assez longue période. Pas après des succès électoraux à divers scrutins en France ces dernières années. Pas après des années d'hégémonie dans le débat public , où quasiment chaque semaine, une polémique islamophobe , entre autres, leur donnait l'occasion de s'exprimer même quand ils ne la lançaient, tandis que l'antisémitisme le plus violent connaissait un succès immense au travers de la mouvance dieudonniste et soralienne.  De plus, si la victoire totale pouvait tout de même apparaître très incertaine, l'arrivée en tête du premier tour a longtemps été présentée comme quasi-sûre, et laissant augurer un second tour beaucoup plus serré.

Contrairement à ce que martelait le Front National, il n'est d'ailleurs pas sûr que le face à face avec Macron était la chose la meilleure du point de vue du triomphe de leurs idées. L'échec de François Fillon, dont la rhétorique extrêmement violente dans ses dimensions racistes , homophobes et « anti-système » a été un marqueur très important de la décomposition de la droite et de son alignement sur l'extrême-droite a eu des conséquences : quelques mois auparavant, on pouvait de manière très réaliste imaginer un second tour, où l'extrême-droite n'aurait eu qu'à montrer qu'elle était l'original par rapport à la copie. Et envisager une campagne d'entre deux tours qui en grande partie aurait été une surenchère permanente sur les promesses de racisme d'Etat , d'autoritatisme sécuritaire, et d'envolées nationalistes agressives. Le nombre de points d'accord des deux candidats était énorme, qu'il s'agisse de la soumission à Poutine et à Trump, de l'attaque frontale contre la révolution syrienne. Mais aussi de la rhétorique anti-mondialiste à relents antisémites : on se souviendra que lors de cette campagne, le parti LR a notamment diffusé une caricature de Macron en «  judéo-bolchevik » sur son compte Twitter, ce qui constituait tout de même un événement idéologique dans le caractère assumé de la reprise de l'analyse fasciste du monde.

Ce second tour là n'a pas eu lieu, et c'est une mauvaise nouvelle pour toutes les forces racistes, antisémites , homophobes et fascistes qui n'ont pas pu se targuer d'une hégémonie totale de leurs idées dans le débat politique officiel.

Marine Le Pen n'aura pas réussi non plus à maintenir son image de candidate ordinaire entre les deux tours : beaucoup de commentateurs du débat avec Emmanuel Macron ont affirmé qu'elle avait été  « mauvaise » ou que Macron avait été « très bon ». En réalité Marine Le Pen a simplement été fasciste dans la forme et dans le fond . Beaucoup ont pointé la ressemblance avec son père, mais elle ressemblait aussi beaucoup à Alain Soral, ce soir là, dans l'agressivité, le non-sens violent et hurlé, l'alignement de mensonges sans discontinuer. Elle ressemblait aussi beaucoup à elle même, dans ses discours de meeting que peu de gens regardent en entier. Mais elle ne ressemblait effectivement plus au portrait flatteur et dédiabolisé qu'on nous sert depuis des années, à grands coups d'entretiens complaisants, ou de brèves interventions télévisées sur des sujets qui l'arrangent.
Si elle a fait peur ce soir là, ce n'est donc pas parce qu'elle a été différente mais parce qu'elle n'a pas été coupée au montage. C'est elle, et elle seule qui , dans sa brutale franchise a montré ce qu'était l'extrême-droite depuis toujours.

Le Front National ne ressort donc pas aussi renforcé qu'il l'avait espéré. Et comme dans tout camp politique, un espoir déçu , même partiellement, est parfois aussi dévastateur qu'une véritable défaite. Pour toute l'extrême-droite, pour tous les fascistes, au sommet comme à la base, psychologiquement, la perspective de la prise du pouvoir national n'est plus une option à court terme. Ce qui pouvait provisoirement juguler les concurrences en interne , mais aussi en externe disparaît. L'enthousiasme militant d'une partie de la base et leur fidélité aux chefs s'amenuise.Les divergences réelles s'aiguisent: ce ne sont pas comme on nous les présente des divergences sur le fond de la politique à appliquer, mais sur la propagande à mettre en oeuvre avant la prise du pouvoir: très classiquement, une partie des frontistes estime nécessaire de cibler les classes populaires avec une démagogie protectionniste très forte, tandis qu'une autre considère que le secret de la victoire réside dans les signes donnés à la partie de l'électorat plus favorisée, qui tient à un discours économique de droite dure contre les droits sociaux.

Pour autant, encore une fois, la situation n'est pas celle de 2002. La banalisation du Front National n'est pas seulement une offensive idéologique, c'est une réalité concrète. Les moyens matériels alloués par la démocratie aux fascistes ont augmenté avec leurs succès électoraux, aux élections municipales et régionales. Ils augmenteront encore avec les législatives. L'enjeu de tous ces scrutins n'est pas seulement la conquête du pouvoir effectif au niveau politique mais aussi l'argent. Le nerf de la guerre, celui qui permet de financer des salariés à temps plein mais aussi les opérations de propagande. Et l'on voit avec les affaires d'emplois fictifs pléthoriques, que le Front National utilise tous les moyens pour décupler son accès à la manne de l'argent public sans trop se préoccuper d'une justice qui mettra de toute façon des années et des années à sévir.

L'extrême-droite, quels que soient ses conflits internes est installée pour très longtemps dans le paysage politique. Et il ne s'agit pas seulement de sa "face légale", le Front National. A mesure que celui-ci montait, c'est toute la mouvance fasciste qui est montée en puissance. Les groupes néo-nazis ou identitaires violents sont eux aussi très bien installés dans le paysage public. Ils sont à la fois un aiguillon pour le Front, une école de formation pour ses cadres ( comme l'illustre par exemple le parcours de Philippe Vardon) et une sphère activiste qui décuple et amplifie les thématiques du parti dans la société.

La stagnation apparente du FN dans le champ du pouvoir politique légal leur donne la possibilité d'attirer toutes celles et ceux qui voudront de l'action et des résultats de suite : d'ailleurs le second tour a été suivi de violences immédiates contre des militants antifascistes dans plusieurs villes de France. Un bidonville a été attaqué deux fois de suite par des néo-nazis à Valmy, en marge d'une réunion électorale de Civitas et du Parti de la France. Les campagnes de harcèlement et de menaces contre celles et ceux qui osent s'exprimer contre la violence fasciste se développent depuis des années, de manière croissante, en témoigne l'affaire Marsault , et elles deviennent systématiques : ainsi la protestation de quelques lycéens de Calais contre une professeure candidate pour Civitas entraîne-elle immédiatement leur mise en danger.

Il ne faut pas compter sur une réaction d'ampleur des pouvoirs publics français : face au terrorisme néo-nazi, nous sommes sans doute , en Europe l'un des pays où son existence est niée avec le plus de force. En témoignent deux affaires récentes : l'implication d'un réseau néo-nazi, celui de Claude Hermant dans la vente d'armes au meurtrier de l'attentat de l'Hypercacher, et le fait que ce réseau était parfaitement connu et depuis longtemps des autorités, puisque nombre de ses membres étaient indicateurs de police. Malgré le travail d'investigation très fouillé de certains journalistes, la chose n'émerge toujours pas comme « scandale public », même si elle rappelle pourtant l'affaire allemande de la NSU.
De la même manière , il aura fallu plusieurs années pour qu'une affaire pour le moins suspecte dès le départ, celle de la noyade à Lille du militant antifasciste Hervé Rybarczyk  et de plusieurs autres personnes fasse l'objet d'une enquête....suite aux confidences à d'autres prisonniers d'un jeune néo-nazi, Jérémy Mourain, chef d'un groupe violent et armé, sur sa responsabilité dans ce qui s'avère être un meurtre. Cette affaire là ne fait pas la une non plus et ne déclenche aucune réaction publique des responsables politiques nationaux : pourtant, elle est liée à la précédente puisque Jérémy Mourain avait pour leader un acolyte de longue date de Claude Hermant, Serge Ayoub, qui fut également le mentor des assassins de Clément Méric.

La terreur fasciste est donc durablement installée, et elle s'accompagne de violences allant jusqu'au meurtre. Dans le contexte d'impunité qu'on vient de définir, elle ne peut que se renforcer, et pèsera énormément ces prochaines années.

Comme pèsera sans nul doute, la pression quotidienne sur toutes les cibles de l'antisémitisme, du racisme, de l'islamophobie ou de l'homophobie.

D'une part, le nouveau pouvoir a fait le choix de donner des signes très forts de complaisance et de tolérance : en témoigne la nomination à un poste ministériel très important de Gérald Darmanin, un des sarkozystes les plus représentatifs de la politique d'alignement sur les thématiques de l'extrême-droite, qu'il s'agisse de ses sorties racistes ou homophobes. De plus, le nouveau Ministre de l'Intérieur Gérard Collomb s'est illustré comme maire de Lyon par son indifférence vis à vis des agissements de l'extrême-droite ultra-violente : il persiste et signe en permanence, obsédé par la prétendue résurgence d'un « terrorisme d'extrême-gauche", mais refusant de se positionner clairement sur l'importance des violences fascistes.Surtout, l'objectif d'Emmanuel Macron et des siens est d'inscrire l'état d'urgence dans la normalité : au delà même de la rupture de régime que  même des juristes très modérés dénoncent comme une atteinte à l'essence même de la démocratie telle qu'elle existe, le simple fait de vouloir inscrire une loi coloniale aussi symbolique dans le quotidien en dit très, très long sur le rapport de forces qui s'est installé dans ce pays, en faveur des idées de l'extrême-droite.

Des caisses de résonance pour l'essor des idées fascistes existent au sein même d'autres forces politiques : La France Insoumise, par exemple, assume son parti pris pro-Poutine, comme ses clins d'oeil appuyés aux électeurs "souverainistes et patriotes". Dans le même temps, toute une mouvance nostalgique de Manuel Valls a recommencé à agiter les campagnes islamophobes anti-réfugiés, et anti-quartiers populaires dès la fin de la campagne présidentielle, qu'il s'agisse de l'offensive contre le quartier La Chapelle, ou de la reprise des sempiternelles accusations de « racisme anti-blancs » contre toute initiative d'auto-défense entre concernés par le racisme.

On ne peut donc pas dire que les forces fascistes sortent totalement affaiblies de cette présidentielle : simplement, et ce n'est pas rien, elles ont perdu une occasion de se renforcer de manière exponentielle et c'est sans doute la première fois depuis de longues années, qu'en France, elles n'apparaissent pas en ascension fulgurante.

Par ailleurs, les échecs cuisants de Nicolas Sarkozy, comme de Manuel Valls ont tout de même marqué l'affaiblissement politique de deux figures historiques de la reprise sans vergogne des thématiques de l'extrême-droite, sur le plan raciste et sécuritaire.

Un moment de flottement s'ouvre donc malgré tout : un moment qui ouvre la possibilité d'un antifascisme véritablement offensif, qui exigerait l'égalité plutôt que se contenter de combattre les inégalités au coup par coup. Ce mouvement là ne se décrète pas : il ne peut pas reposer uniquement sur les collectifs antiracistes, quels qu'ils soient, il ne peut pas se contenter de mobilisations spécifiques entre antiracistes, même si celles-ci sont vitales et nécessaires. Dans chaque lieu de travail , dans chaque lieu de vie, la pression raciste , antisémite et homophobe est désormais présente et la réaction se doit d'être intégrée à toutes les luttes.

Et très clairement, ces prochaines années, il faudra aussi se battre pour imposer une grille d'analyse et d'action avec des objectifs ambitieux : le mouvement de solidarité avec les réfugiés, la persistances des luttes des travailleurs sans papiers, l'émergence d'un antifascisme internationaliste qui se manifeste dans la solidarité avec les victimes de Poutine ou avec la révolution syrienne sont des pistes. Des pistes qui ne pourront être explorées massivement que si nous sommes capables d'être intransigeants avec les tares qui ont grandi dans nos propres rangs : il faut d'abord être conscient des dégâts occasionnés par l'antisémitisme et la complaisance avec l'antisémitisme « de gauche » : les dégâts occasionnés par les compromissions avec les négationnistes comme Pierre Guillaume, puis Faurisson, puis Garaudy dans les années 80 et 90 ont généré les dégâts occasionnés par Dieudonné, qui a longtemps été considéré comme un compagnon de route dans une certaine gauche avant de passer, de lui même , à l'extrême-droite.

Et c'est bien aussi l'influence sociale massive de sa mouvance qui a créé une grille de lecture démente du monde, pour le plus grand bien de Poutine, de Trump ou de Le Pen même en France. Toute une génération a grandi et s'est socialisée politiquement par les délires conspirationnistes, antisémites ou islamophobe.

Toute une génération a grandi dans le relativisme sordide et triomphant, celui sur lequel s'appuient Daech, comme Poutine, Trump ou Assad , pour trouver des relais de propagande en France. Toute une génération  a aussi grandi avec le nationalisme le plus chauvin comme cadre de luttes censées être progressistes et offensives: à ce titre, l'exemple de la lutte des Whirlpool est très symbolique. On peut toujours se rassurer en parlant d'"une récupération" par le FN, mais la réalité, c'est que les ouvriers, les ouvrières et les délégués syndicaux qui ont choisi pour certains d'accueillir à bras ouverts Marine Le Pen, et même pour l'un d'entre eux d'appeler à voter FN sont sont responsables de leur soutien assumé à un parti raciste d'essence fasciste.

L'avenir exigera de chacun d'entre nous d'être également conscients , et d'assumer nos idées même lorsqu'elles nous condamnent provisoirement à être minoritaires au quotidien dans nos espaces de luttes.

dimanche 14 mai 2017

Argentine: mobilisations contre l'impunité des tortionnaires de la dictature militaire


                              
                                        Immense mobilisation en Argentine


Mise à jour du 2 juin 

L’immense mobilisation contre l’impunité bouleverse les enfants des tortionnaires, qui sortent du silence.
 « C’est un monstre, je le répudie. ».  Celle qui parle en ces termes de son propre père est la fille d’un des plus sordides symboles de la dictature argentine (1976-1983), Miguel Etchecolatz. Aujourd’hui âgé de 88 ans, l’ancien policier est en prison, quatre fois condamné à la réclusion à vie, reconnu coupable de près d’une centaine d’homicides, enlèvements et tortures, commises à l’époque où il était le chef des 21 centres de détention illégale mis en place par le régime militaire dans la province de Buenos Aires.
Depuis le retour de la démocratie, le travail de mémoire avait été porté par les familles des quelque 30 000 disparus, notamment les Mères et les Grands-Mères de la place de Mai. Mais aujourd’hui, c’est au tour des enfants des tortionnaires de faire entendre leur voix.
Mariana D., la fille de Miguel Etchecolatz, a raconté son histoire à une revue numérique argentine « Anfibia ». Dans une longue interview, publiée récemment, elle décrit son enfance aux côtés du tortionnaire, qui signifiait, dit-elle, vivre avec « un être infâme » et « sans scrupule » qui provoquait en elle de la « terreur ». Si elle se présente comme Mariana D., c’est parce qu’elle a obtenu de la justice, en 2016, de pouvoir changer son nom de famille, synonyme, pour elle, « d’horreur, de honte et de douleur ». Elle se dit aujourd’hui « entière, libérée », mais préfère ne pas dévoiler sa nouvelle identité.
A la suite de ce témoignage, et sans la connaître personnellement, d’autres filles de tortionnaires ont osé à leur tour briser le sceau du silence qui pèse sur leurs familles. Elles ont créé une page Facebook, « Histoires de désobéissance, fils et filles de génocidaires pour la mémoire, la vérité et la justice », pour témoigner et partager leur expérience.
« Nous nous sommes réuni.e.s pour (…) prendre position, parce que nous ne nous sentions pas représentés par les voix des familles de tortionnaires qui s’exprimaient jusqu’à présent », expliquent-elles sur la présentation de la page. Les familles des militaires concernés ont, en effet,  toujours soutenu publiquement leurs parents, accusés de crimes contre l’humanité.
« Lutte pour la mémoire, la vérité et la justice »
« Ce dont nous sommes en train d’accoucher nous donne la force de participer à la lutte pour la mémoire, la vérité et la justice », a ainsi posté sur Facebook Liliana Furio, dont le père a été lui aussi condamné à perpétuité.
 « Je ne ressentais pas de la haine, mais de la tristesse, parce que je voulais qu’il change », a confié pour sa part Erika Lederer, fille d’un obstétricien de la maternité clandestine de Campo de Mayo, à Buenos Aires, où sont nés de nombreux enfants d’opposantes éliminées après leur accouchement puis donnés en « adoption » à des militaires, parfois même aux assassins de leurs parents.
Un des principaux détonateurs de ces témoignages a été la sentence rendue le 2 mai par la Cour suprême, ouvrant la voie à une réduction des peines de prison des anciens tortionnaires ( voir ci-dessous). Miguel Etchecolatz, entre autres, avait demandé à en bénéficier. Mais ce verdict avait soulevé une telle indignation que, quarante-huit heures plus tard, le Congrès avait approuvé à l’unanimité une loi pour freiner cette mesure, et des centaines de milliers de citoyens avaient manifesté à Buenos Aires.
Ce jour-là, au milieu de la multitude de manifestant-e-s se trouvait Mariana D.. Elle descendait dans la rue pour la première fois. C’est alors qu’elle a décidé de raconter son histoire. Avec d’autres filles de tortionnaires, elle a aussi décidé de participer, le 3 juin, à la nouvelle manifestation du collectif féministe Ni Una Menos (« Pas une [femme] de moins »), créé en 2015 pour lutter contre les violences sexistes qualifiées en Amérique latine de « féminicide ».
Aujourd’hui psychologue et professeure dans une université privée, Mariana, elle-même victime de la violence de son père, qui frappait ses trois enfants, est convaincue qu’Etchecolatz, auquel sa famille ne rend plus visite depuis plusieurs années, « mérite de mourir en prison ».

La lutte contre l'impunité des tortionnaires et des auteurs de violences contre les femmes nécessite notre solidarité, d'autant que certains des bourreaux sont réfugiés en France ( voir ci-dessous)

MEMORIAL 98







Mobilisation contre l'impunité d'un tortionnaire présumé réfugié en France; soutien de MEMORIaL 98

« LA JUSTICE FRANÇAISE DOIT EXTRADER L’EX-POLICIER ARGENTIN, MARIO SANDOVAL »

Paris, Buenos Aires – Le jeudi 1er juin, la Chambre de l’Instruction de la Cour d’appel de Versailles tiendra audience sur la demande, soumise il y a 5 ans par la République d’Argentine, d’extrader Mario Sandoval. Ancien officier de la police de Buenos Aires, il est poursuivi en Argentine pour crimes contre l’humanité commis durant la dictature (1976-1983). Pour nos organisations, il est temps que Mario Sandoval soit extradé et réponde de ses actes devant la justice argentine.
Cette audience fait suite à l’arrêt de la Cour de Cassation de février 2015 qui était revenue sur l’autorisation d’extradition donnée par la Chambre de l’Instruction de la Cour d’Appel de Paris, en mai 2014.
Mario Sandoval est poursuivi dans le cadre de l’enquête menée par le juge argentin Sergio Torres sur les crimes commis au sein de l’École supérieure de mécanique de la marine (ESMA) de Buenos Aires, le plus grand centre de détention et de torture clandestin, dans lequel plus de 5 000 détenus ont disparu durant la dictature. Mario Sandoval est mis en cause, alors qu’il était agent de la coordination fédérale de la police argentine, dans l’enlèvement et la disparition, en octobre 1976, d’Hernan Abriata, militant de la Jeunesse universitaire péroniste.
Mario Sandoval s’est installé en France en 1985, au retour de la démocratie en Argentine.
La famille Abriata, en particulier la mère d’Hernan, Beatriz, âgée de 90 ans et témoin impuissant de l’enlèvement de son fils par Mario Sandoval et son commando, réclament justice depuis plus de 40 ans.
Nos organisations appellent la Chambre de l’Instruction de la Cour d’Appel de Versailles à suivre l’exemple de la Cour d’Appel de Paris. Elle doit prendre la mesure de l’importance du jugement de Mario Sandoval par la justice argentine dans le cadre de la lutte contre l’impunité que mène ce pays, conformément aux obligations internationales de la France, en matière de poursuites des auteurs de disparition forcées.
Elle doit ainsi faire écho aux propos du Procureur général de la Cour d’Appel de Paris, François Falletti, qui au terme du procès devant la Cour d’Assises de Paris d’anciens responsables de la dictature chilienne, rappelait en 2010 : « Lorsque le sentiment de surpuissance passe par la torture, la dégradation, la négation de l’existence, le message doit être clair. Cela doit donner lieu à des sanctions quel que soit le temps, quel que soit l’espace » .


Audience le 1er juin à 9h00
Cour d’Appel de Versailles,
5 rue Carnot 78 000 Versailles
RER C Gare de Versailles Château / Rive Gauche

Co-signataires :

FIDH -Fédération internationale des ligues des droits de l’homme.
Son organisation membre en France :
LDH -Ligue des Droits de l’Homme
Ses organisations membres en Argentine :
CAJ – Comité de Acción Jurídica
CELS – Centro de Estudios Legales y Sociales
LADH – Liga Argentina por los derechos del hombre
Avec :
ACAT – Action des chrétiens pour l’abolition de la torture
FAL – France Amérique latine,
Assemblée de citoyens argentins en France

MEMORIAL 98

Paris, le 30 mai 2017

Immenses mobilisations contre un projet aboutissant à l'impunité des tortionnaires de la dictature.



Des centaines de milliers d’Argentin.e. s brandissant les symboliques foulards blancs des Mères et grands-mères de la place de Mai ont défilé le 10 mai à Buenos Aires, contre la décision de la Cour suprême d’alléger la peine d’un ancien tortionnaire de la dictature (1976-1983).

« On doit protester pour qu’ils n’osent pas relâcher les auteurs de génocides à nouveau », a ainsi déclaré une participante,  Alba Cervantes,  qui portait autour du cou la photo de son frère disparu le 20 septembre 1977, Miguel « Cacho » Cervantes. Des marches similaires ont eu lieu dans d’autres villes argentines.

Le 3 mai, la Cour Suprême,  plus haute juridiction du pays, avait accepté de raccourcir la peine d’un ex-agent paramilitaire, Luis Muiña, condamné à 13 ans de prison pour enlèvement et torture d’opposants sous le régime militaire. Il avait profité d’une loi connue sous le nom « Deux pour un », en vigueur de 1994 à 2001, permettant de compter comme double chaque jour passé en détention provisoire au moment d’appliquer la peine prononcée en jugement.





La loi visait à réduire la surpopulation carcérale et aucune limite n’était prévue, pouvant ainsi s’appliquer aux délits de droit commun comme aux crimes contre l’humanité. Dans le cas de Luis Muiña, le premier à en bénéficier, il avait passé  de neuf ans en prison avant d’être jugé. Mardi 2 mai, un tribunal fédéral avait  déclaré la loi « inconstitutionnelle » tandis que deux autres anciens bourreaux se sont empressés de demander à bénéficier de la même mesure, provoquant un tollé dans le pays, profondément marqué par cette page  terrible de son histoire.
 En effet  pendant la dictature militaire de 1976 à 1983, 30 000 opposants au régime ont disparu ou ont été tués par les militaires, selon les chiffres des associations de défense des droits de l'homme

Recul de l'impunité

Signe de l’émotion, les députés, puis les sénateurs ont adopté en urgence, dans la journée du 10 mai et à l’unanimité, une loi limitant la portée de la décision de la Cour Suprême. Les auteurs de crimes contre l’humanité ne pourront plus bénéficier de réductions de peines. 

Le combat des "Mères de la place de Mai",

C'est l'occasion aussi de saluer et faire connaître l'extraordinaire combat des "Mères de la place de Mai",  organisation fondée en 1977, en pleine dictature militaire . Ces femmes se rassemblaient tous les jeudis après-midi depuis le 30 avril de cette année, en plein centre de la capitale argentine, afin de réclamer des informations sur leurs enfants et petits-enfants "disparus".

Pendant la dictature argentine. 500 nourrissons ont été volés à leurs parents, selon les associations. Les prisonnières enceintes étaient gardées jusqu'à l'accouchement puis leur bébé leur était enlevé. Et "parfois les enfants de moins d'un an aussi ont été volés »,. Les nourrissons étaient remis à des proches du régime, qui dissimulaient tout de son origine à l'enfant adopté.

Les militaires leur ayant ordonné de « circuler » en raison de l’état de siège qu'ils avaient décrété, les mères et grands-mères  décidèrent de tourner en rond sur la place sur la place de Mai (Plaza de Mayo) en face du palais présidentiel de la Casa Rosada. Elles marchaient pendant une demi-heure, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, remontant ainsi symboliquement le temps et critiquant l’impunité des militaires responsables des massacres et des tortures.
En signe de protestation, les Mères portaient des foulards blancs (symbolisant les langes en tissu de leurs bébés) pour commémorer la disparition de leurs enfants.
Plusieurs des fondatrices ont été assassinées en décembre 1977 par le colonel Astiz, en même temps que des religieuses françaises engagées à leur côté.
Leur travail avait déjà permis d’identifier 97 des 500 enfants enlevés ou nés en détention durant la période militaire et clandestinement adoptés par les familles des militaires, policiers ou de proches du pouvoir.


                              Manifestation des mères et grand-mères sur la place de Mai

La lutte contre l'impunité et pour le retour des disparu(e)s constitue un de nos engagements majeurs, dans le cadre du combat contre le négationnisme.

De Buenos-Aires à Alger, de Mexico à Santiago du Chili, ce combat se poursuit jusqu' à soit retrouvée la trace de ceux et celles qui ont été enlevé(e)s et qu'en soient punis les responsables.

Memorial 98